L’Université de Lomé a abrité, ce mercredi 17 décembre 2025, l’ouverture du colloque international de philosophie coorganisé par le département de philosophie de l’Université de Lomé et celui de l’Université de Kindia (Guinée). Placé sous le thème « Justice et développement : perspectives pour l’Afrique », cet événement scientifique se tient du 17 au 19 décembre 2025 et réunit des enseignants-chercheurs, des chercheurs, doctorants et acteurs de la société civile venus de divers horizons.
Ce colloque s’inscrit dans un contexte africain marqué par la persistance des inégalités sociales, économiques et environnementales. Il vise à interroger de manière critique les modèles traditionnels de développement, souvent centrés sur des indicateurs économiques, en mettant en lumière la nécessité d’intégrer la justice comme principe fondamental. Les échanges ambitionnent ainsi de promouvoir une réflexion approfondie sur un développement plus équitable, respectueux des réalités et des aspirations des sociétés africaines.

Les travaux sont articulés autour de six axes thématiques majeurs : l’éthique et la justice distributive, les droits humains et la gouvernance, le genre et le développement durable, la justice intergénérationnelle, la justice climatique, ainsi que les philosophies africaines et la justice globale. Cette approche pluridimensionnelle favorise un dialogue interdisciplinaire et enrichit les analyses sur les enjeux contemporains du développement en Afrique.

Dans son discours officiel d’ouverture, le doyen de la Faculté des sciences de l’homme et de la société (FSHS), Prof. Edinam Kola, représentant le président de l’Université de Lomé, a souligné que la justice est une condition indispensable du développement durable. Ce dernier ne peut exister sans équité, égalité devant la loi et respect des droits humains. Il a insisté sur les inégalités sociales, économiques et territoriales, notamment l’accès au travail, à la santé et les questions liées aux migrations. « Ce colloque vise à favoriser le dialogue entre universitaires, chercheurs et autres acteurs sociaux afin de proposer des réflexions critiques et des modèles alternatifs pour le développement, en mettant l’accent sur les populations vulnérables et appauvries », a-t-il déclaré.

Le président du comité d’organisation, Prof. Komi Kouvon, dans son mot de bienvenue, a rappelé que ce colloque repose sur une collaboration scientifique entre plusieurs universités, soulignant l’importance de la coopération académique. Il a affirmé que le développement ne peut se réaliser sans justice, en particulier sans justice sociale, qui implique une répartition équitable des richesses et des biens sociaux. « Le respect des libertés, des droits des citoyens et de l’égalité sont des conditions du développement. Il met également l’accent sur la solidarité comme valeur essentielle face à la montée des inégalités », a-t-il souligné.
La conférence inaugurale a été prononcée par Dr Essonam Bini (MC), enseignant-chercheur à l’Université de Kara, qui a analysé la corruption comme un phénomène global menaçant la justice, la dignité humaine et le développement. Il a montré qu’elle ne se limite pas à des actes isolés, mais qu’elle est souvent institutionnalisée, touchant l’État, la politique et le secteur privé. S’appuyant sur la philosophie et les sciences sociales, il a défini la corruption comme le détournement de l’intérêt public au profit d’intérêts privés – une pathologie sociale qui dégrade les institutions et affaiblit la cohésion collective. Le conférencier a proposé une typologie de la corruption, allant de la petite corruption quotidienne à la grande corruption politique et économique, en identifiant comme causes majeures la pauvreté, la recherche du gain personnel et l’idéologie néolibérale. Selon lui, « la lutte contre la corruption ne peut être uniquement juridique. Elle doit être avant tout éthique, fondée sur la vertu civique et l’intérêt bien compris. Le développement durable exige ainsi la justice sociale, le respect du bien commun et la responsabilité individuelle ».

L’organisation de ce colloque par les universités de Lomé et de Kindia illustre la dynamique de coopération académique et la volonté de renforcer les échanges scientifiques entre institutions africaines. Cette collaboration contribue à la valorisation des recherches produites sur le continent et à l’émergence d’une pensée critique africaine, apte à éclairer les politiques publiques et les initiatives de développement.





