L’Université de Lomé, à travers le centre WASCAL Togo, a accueilli le jeudi 26 mars 2026 un atelier de restitution du programme AFRIAK-CODESRIA, dédié à la valorisation des savoirs endogènes, autochtones et alternatifs en Afrique. Cette rencontre scientifique a réuni chercheurs, étudiants et experts autour des résultats de travaux menés par une nouvelle génération de chercheurs africains, dans le cadre d’un programme ambitieux soutenu par le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA).
Le programme AFRIAK-CODESRIA a pour ambition de soutenir la production scientifique en sciences sociales sur le continent, en accordant une attention particulière à la valorisation des connaissances locales et à la promotion des jeunes chercheurs, notamment des femmes. Au total, quatorze étudiants issus de plusieurs pays africains ont pris part à cette initiative, menant des recherches de terrain approfondies sur les savoirs endogènes.

La cérémonie de restitution des travaux s’est déroulée en présence de plusieurs personnalités académiques, parmi lesquelles le Dr Komi Agboka, Directeur de WASCAL Togo, le professeur Sêmihinva Akpavi, directeur adjoint de la Direction des Affaires académiques et de la scolarité (DAAS), ainsi que le professeur Joseph Tsigbé, enseignant-chercheur à l’Université de Lomé.
Dans son mot de bienvenue, le Dr Komi Agboka a salué « le dévouement, l’engagement et la contribution remarquable » des participants, tout en insistant sur la portée stratégique de ces travaux pour le développement de l’Afrique. Il a rappelé que la valorisation des savoirs endogènes constitue un enjeu majeur pour l’affirmation d’une souveraineté intellectuelle africaine, face aux défis contemporains du développement durable.

Trois axes de recherche pour valoriser les savoirs locaux
Les travaux de restitution se sont articulés autour de trois axes principaux, chacun ayant fait l’objet d’une présentation détaillée par les jeunes chercheurs.
Premier axe : valoriser les savoirs autochtones à travers le numérique
Ce premier groupe de chercheurs a exploré les possibilités d’intégration des savoirs traditionnels dans les systèmes éducatifs contemporains, à partir d’enquêtes de terrain menées notamment dans des centres thérapeutiques et des espaces de biodiversité médicinale. Les résultats mettent en évidence le rôle croissant du numérique dans la préservation et la diffusion des savoirs endogènes, les mécanismes de transmission intergénérationnelle qui les caractérisent, ainsi que les contraintes liées à leur intégration dans l’enseignement formel. Ces travaux soulignent également des enjeux majeurs tels que la justice épistémique, la démocratie participative et la reconnaissance des savoirs locaux dans les politiques éducatives.

Deuxième axe : savoirs endogènes et pratiques agropastorales au Togo
Le deuxième groupe s’est penché sur les pratiques agropastorales traditionnelles. Les recherches ont révélé le rôle essentiel des autorités traditionnelles et spirituelles dans la régulation des activités agricoles, l’importance des rituels et des calendriers agricoles dans l’adaptation aux changements climatiques, ainsi que l’utilisation de techniques locales durables, notamment les biofertilisants et la sélection des espèces. Les chercheurs ont également identifié plusieurs défis, parmi lesquels la marginalisation de ces savoirs dans les politiques publiques, les difficultés de transmission intergénérationnelle et le besoin urgent de mieux documenter ces pratiques pour leur intégration dans les stratégies de développement agricole.
Troisième axe : valorisation de la médecine traditionnelle au Togo
Le troisième groupe a porté ses travaux sur la médecine traditionnelle, un domaine riche de promesses pour la santé publique en Afrique. Les résultats ont permis de documenter une riche diversité de plantes médicinales utilisées dans le traitement de pathologies telles que le diabète, l’hypertension ou les maladies respiratoires. L’étude a mis en évidence une transmission essentiellement orale des connaissances, ainsi qu’une approche holistique intégrant dimensions thérapeutiques, culturelles et spirituelles. Cependant, ces savoirs font face à plusieurs menaces : l’accès restreint à certaines connaissances réservées à des initiés, le manque de reconnaissance institutionnelle et le risque de disparition lié à leur faible transmission.

Des recommandations pour l’avenir
À l’issue des présentations, les participants ont formulé plusieurs recommandations visant à renforcer la place des savoirs endogènes dans les politiques publiques et dans les systèmes éducatifs. Il s’agit notamment de l’intégration de la médecine traditionnelle dans les systèmes de santé nationaux, de la création d’une pharmacopée nationale pour mieux encadrer et valoriser les plantes médicinales, du renforcement de la recherche scientifique et de la formation dans ce domaine, ainsi que de la mise en œuvre de stratégies de conservation de la biodiversité.
Les participants ont unanimement insisté sur la nécessité de documenter et préserver les savoirs endogènes, de renforcer leur transmission aux jeunes générations et de promouvoir un dialogue fécond entre savoirs traditionnels et sciences modernes. Ils ont également souligné l’importance de développer des partenariats entre chercheurs, communautés locales et décideurs publics pour faire de ces savoirs un véritable levier de développement durable.

L’Université de Lomé, pôle de réflexion sur les savoirs endogènes
Cet atelier de restitution du programme AFRIAK-CODESRIA confirme le rôle central de l’Université de Lomé en tant que pôle de réflexion et d’innovation scientifique en Afrique, engagé dans la valorisation des ressources intellectuelles et culturelles du continent. En accueillant de telles initiatives, l’institution réaffirme sa volonté de contribuer à la construction d’une recherche africaine ancrée dans les réalités locales, ouverte sur le monde et résolument tournée vers l’avenir.




