L’auditorium de l’Université de Lomé a vibré, du 8 au 10 avril 2026, au rythme du colloque international du Réseau des Femmes de l’Enseignement Supérieur du Togo (ReFEST). Sous le thème provocateur « Genre et développement : mythe ou réalité ? », chercheurs, décideurs et militants se sont penchés pendant trois jours sur l’efficacité des politiques d’égalité dans les pays du Sud. Ce colloque a vu la présence des autorités, des enseignants-chercheurs, des étudiants et des participants externes.
Marquée par la présence des autorités universitaires, des enseignants-chercheurs et d’un public diversifié, la cérémonie d’ouverture a rappelé le chemin parcouru depuis la Conférence de Pékin de 1995 et l’adoption des Objectifs de développement durable (ODD), qui ont consacré l’égalité des genres comme un droit fondamental et un levier essentiel de développement. Toutefois, malgré ces avancées normatives, un décalage persiste entre les engagements institutionnels et les réalités vécues sur le terrain.

Face à ce constat, le ReFEST a essayé d’interroger en profondeur la place du genre dans les dynamiques contemporaines de développement. L’objectif affiché est clair : dépasser la simple intégration des femmes pour impulser une transformation structurelle des rapports sociaux dans les sphères économiques, sociale et politique.
Le discours inspirant de la présidente du ReFEST
Dans son allocution d’ouverture, la présidente du ReFEST et du Comité d’organisation, Dr Agnélé Lassey (MC), a retracé avec émotion le parcours du réseau, créé en 2019 dans le sillage du séminaire WAFIRA. Elle a souligné la portée symbolique et stratégique de ce colloque, qu’elle considère comme une affirmation du rôle des femmes universitaires dans la production de savoirs et la construction du développement national. « Ce colloque traduit notre volonté de ne plus être de simples observatrices, mais des actrices centrales de la réflexion sur le développement », a-t-elle déclaré.

Des représentants engagés aux côtés du ReFEST
A l’ouverture des travaux, représentant le ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, la directrice de cabinet, Dr Ama Dzifa Gameti, a salué une initiative en phase avec la vision du chef de l’État, Faure Essozimna Gnassingbé. Elle a réaffirmé l’engagement du gouvernement à promouvoir une justice sociale effective, appelant à faire du genre une réalité tangible plutôt qu’un idéal théorique.
Prenant la parole au nom du président de l’Université de Lomé, le 1ᵉʳ vice-président, Prof. Komlan Batawila, a inscrit les échanges dans une perspective à la fois sociologique et stratégique. S’appuyant sur la Feuille de route Togo 2025, il a mis en avant le caractère transversal de l’égalité de genre dans les politiques publiques. Citant le sociologue Erving Goffman, il a invité à déconstruire les stéréotypes ancrés dans les pratiques quotidiennes afin de libérer pleinement le potentiel productif des femmes.

Le programme du colloque, particulièrement riche, a abordé des thématiques variées, allant des violences basées sur le genre à l’entrepreneuriat des « Nana Benz », en passant par la représentation des femmes dans la littérature et les carrières académiques. À travers ces axes, les participants entendent proposer des pistes concrètes pour combler l’écart entre discours et réalités.
Une conférence inaugurale qui interroge les inégalités structurelles
La conférence inaugurale, animée par le Dr Kangni Alemdjrodo (MC), a porté sur les inégalités de genre dans les secteurs culturels et créatifs. L’intervenant y a mis en lumière un paradoxe majeur : bien que ces secteurs soient perçus comme des espaces d’expression et d’innovation, ils restent profondément marqués par des déséquilibres de genre. Les femmes, malgré leur forte présence, demeurent sous-représentées dans les sphères de décision et de reconnaissance.

Au-delà du constat, le conférencier a invité les participants à interroger les mécanismes structurels à l’origine de ces inégalités, notamment les stéréotypes sociaux, l’accès inégal aux ressources et la faible valorisation du travail créatif féminin. Il a ainsi plaidé pour une refonte des politiques culturelles et des modes de gouvernance, afin de garantir une participation et une représentation plus équitables.
Un colloque qui veut marquer un tournant
Se voulant bien plus qu’un simple cadre d’échanges, ce colloque ambitionne de constituer un tournant scientifique et politique. Il vise à nourrir des réflexions capables d’influencer durablement les politiques publiques, au Togo comme à l’échelle africaine.

Une affirmation du rôle des femmes dans la construction du développement
En initiant ce dialogue scientifique et politique sur le genre, le ReFEST et l’Université de Lomé posent un jalon essentiel dans la réflexion sur les politiques d’égalité en Afrique. Les recommandations issues des panels et des communications alimenteront désormais les travaux des décideurs publics et des partenaires techniques. Bien plus qu’un colloque, cette rencontre a été un espace de construction collective, où chercheurs, militants et responsables institutionnels ont croisé leurs regards pour faire évoluer les mentalités et les pratiques. L’Université de Lomé confirme ainsi son rôle d’acteur clé dans la transformation sociale et le développement durable du continent.




