L’Université de Lomé a procédé, le vendredi 20 février 2026 à l’Hôtel Amoukadi d’Adétikopé, au lancement officiel du projet CRISP-UL Togo, une initiative ambitieuse visant à optimiser l’approvisionnement des cantines scolaires en produits locaux. Organisé en partenariat avec le Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI) du Canada, cet atelier a également été l’occasion de présenter les résultats de l’étude sur le genre et l’inclusion sociale (GIS), une composante essentielle pour garantir une approche équitable et durable du projet.
La cérémonie d’ouverture a été présidée par le professeur Komlan Batawila, 1er vice-président de l’Université de Lomé, représentant le président de l’institution. Pour l’occasion, il avait à ses côtés la coordonnatrice du projet, Dr Kanda Madjouma (MC), et M. Kodjo Amétépé, représentant la présidente du Comité interministériel pour l’alimentation scolaire (CIMAS). L’événement a rassemblé une cinquantaine de participants, issus du monde universitaire, des ministères techniques, des collectivités territoriales, des partenaires techniques et financiers, des organisations de la société civile et des communautés locales.

Dans son mot de bienvenue, Dr Kanda Madjouma a invité l’assistance à se projeter dans le quotidien des femmes rurales, premières bénéficiaires du projet : « Imaginez une agricultrice de la région des Savanes ou des Plateaux. Elle possède le savoir-faire et la volonté de nourrir sa communauté, mais chaque matin, elle scrute un ciel devenu imprévisible. Elle se demande si sa récolte de soja ou de maïs parviendra jusqu’à l’école de son propre village, ou restera stockée, faute de débouchés structurés. » Pour la coordonnatrice, cette agricultrice incarne les milliers de femmes qui peuvent transformer l’avenir alimentaire du pays. Elle a insisté sur la portée concrète du projet : « Nous ne sommes pas seulement réunis pour lancer un projet de recherche. Nous sommes ici pour bâtir un pont solide qui relie directement le champ de la productrice et l’assiette de l’écolier. »
L’alimentation scolaire, levier stratégique de développement
Prenant la parole au nom de la présidente du CIMAS, M. Kodjo Amétépé a rappelé l’impact décisif des cantines scolaires sur la scolarisation et la réussite des élèves : « Très souvent, les écoles qui disposent de cantines améliorent la fréquentation, l’assiduité et réduisent les difficultés observées. » Il a souligné que l’alimentation scolaire contribue directement à plusieurs Objectifs de développement durable, notamment la lutte contre la pauvreté, la faim, la santé, l’éducation de qualité, l’égalité des sexes et la croissance économique.

Selon lui, investir dans les cantines scolaires est un choix stratégique : « Recruter des enseignants, construire des bâtiments scolaires, et qu’il n’y ait pas d’élèves à enseigner, cela n’a pas de sens. Il est nécessaire de mobiliser davantage de ressources en faveur des cantines scolaires. » Il a appelé à un partenariat renforcé entre chercheurs, décideurs et praticiens pour porter d’une seule voix l’importance des cantines scolaires dans l’éducation des enfants togolais.
Une approche intégrée fondée sur la sécurité, la résilience et la recherche
Financé par le CRDI pour une durée de 42 mois (avril 2025 à septembre 2028), le projet CRISP-UL Togo se décline en anglais : « Catalyzing Resilient, Inclusive and Sustainable Procurement Systems for School Food. » Signifiant en français « Catalyser la Résilience, l’Inclusion et la Soutenabilité par l’Alimentation Scolaire », son objectif général est de promouvoir une alimentation plus saine et plus durable à travers des systèmes alimentaires locaux résilients, par la conception et la mise à l’échelle de modèles d’approvisionnement innovants, viables et inclusifs pour les cantines scolaires.

Le projet CRISP-UL Togo repose sur une approche pluridisciplinaire associant sciences sociales, agronomiques et naturelles. Les activités de recherche-action seront menées dans trois régions pilotes – les Plateaux, la Kara et les Savanes – où 180 écoles bénéficiant de cantines scolaires ont été identifiées. Des sites d’expérimentation dédiés aux pratiques agroécologiques, aux jardins potagers, à la production de bois-énergie et d’arbres fruitiers, ainsi qu’à l’élevage de poulets seront installés et suivis pour améliorer durablement l’alimentation scolaire.
Dans son discours d’ouverture, le professeur Komlan Batawila a inscrit le projet au croisement de trois enjeux majeurs : la sécurité alimentaire, la résilience climatique et l’inclusion sociale. Face aux effets des changements climatiques et aux défis d’approvisionnement, il a plaidé pour des approches intégrées, fondées sur la recherche scientifique et ancrées dans les réalités locales. Il a conclu en rappelant la mission de l’institution : « À travers ce projet, l’Université de Lomé confirme sa vocation : produire des connaissances utiles, éclairer l’action publique et contribuer concrètement au développement durable du Togo. »

Le genre et l’inclusion sociale au cœur du dispositif
L’un des temps forts de l’atelier a été la présentation des résultats de l’étude sur le genre et l’inclusion sociale, réalisée par Mme Djayouri N. Cette étude constitue un socle stratégique pour le projet. Comme l’a souligné Dr Madjouma, « Comprendre les dynamiques sociales, les inégalités d’accès aux ressources, les contraintes spécifiques des femmes productrices et des groupes marginalisés est une condition préalable à toute réforme structurelle. »
À l’issue des présentations, les participants ont été invités à des travaux de groupe pour approfondir l’analyse du rapport GIS et formuler des recommandations opérationnelles. Ces échanges ont permis de renforcer la coordination entre les différents comités techniques et consultatifs du projet, et de valider collectivement les prochaines étapes du chronogramme.

Avec le projet CRISP-UL Togo, l’Université de Lomé confirme son engagement en faveur d’un développement fondé sur la science, l’équité sociale et la valorisation des ressources locales. En reliant directement la production agricole locale à l’alimentation scolaire, ce projet ouvre des perspectives concrètes pour des cantines scolaires plus résilientes, plus inclusives et plus durables, au bénéfice des communautés et des générations futures.



