L’université de Lomé accueille du 02 au 04 juillet 2025, un colloque international thématique sur la communication non-verbale. Placé sous le thème : « Langages silencieux : contextes, enjeux et dynamiques communicationnelles en Afrique », ce colloque rassemble 43 spécialistes de la question, venus de 14 pays dont le Togo. L’événement a été officiellement ouvert par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, M. Kanka Malik Natchaba, en présence du 1er vice-président de l’Université de Lomé, le professeur Komlan Batawila, du président du comité d’organisation du colloque, Dr Palakiyém Mouzou, des enseignants-chercheurs et de nombreux participants.
À l’initiative de Centre d’études et de recherches sur les organisations, la communication et l’éducation (CEROCE) et de l’Équipe de recherche sur les Études Anglophones (2EA) de l’Université de Lomé, les participants à ce colloque réfléchissent durant trois jours sur les contours des langages silencieux. Parfois pleins de significations et variant d’une culture ou d’un contexte à un autre, les langages silencieux sont très utilisés dans les moments les plus solennels en Afrique, mais aussi pour exprimer ce que la bouche peine à dire.

Palakiyém Mouzou, maître de conférences en linguistique descriptive et président du comité d’organisation a rappelé, l’importance de ce colloque qui explore les formes de communication non verbale (gestes, regards, symboles, silences…) souvent négligées, mais essentielles à la compréhension des cultures africaines. « Ce colloque vise à valoriser les langages non verbaux comme objets de recherche. Il s’inscrit dans une démarche interdisciplinaire et interculturelle » a-t-il souligné, avant d’évoquer une sagesse peuhle, en ces mots : « Ce que la bouche ne dit pas, le corps le crie » et de citer la philosophe et écrivaine Hélène Cixous : « Ce qui est muet est plus profond que ce qui est dit », pour affirmer que ce qui est muet ne doit plus être ignoré, mais écouté, interprété, valorisé. Une invite à la revalorisation des non-dits comme force de communication.
Présidant la cérémonie d’ouverture, le ministre Kanka Malik Natchaba, a salué l’initiative du colloque, qui traite des enjeux contemporains liés à la communication et à l’éducation dans un monde en transformation rapide. Il a souligné la richesse des langages non verbaux : gestes, symboles, et surtout le silence qui, à son avis, est présenté comme un acte de sagesse, d’altruisme et de profondeur culturelle. Il a pris comme modèle de référence dans son discours, le leadership silencieux, mais efficace du président du Conseil du Togo, Son Excellence Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé, sur lequel il convie les participants à orienter aussi leurs réflexions.

La conférence inaugurale prononcée par le professeur Augustine Agwuele de Texas State University (États-Unis) sur le thème « Gesture : expressive visible bodily actions » et modérée par le Dr Komla Avono, maître de conférences en littérature américaine, a eu donné le ton des échanges scientifiques à venir. La conférence inaugurale a mis en lumière l’importance fondamentale des gestes et des actions expressives comme éléments constitutifs du langage et de la communication humaine, en particulier dans les sociétés africaines. Loin d’être de simples accompagnements du discours verbal, les gestes sont ici envisagés comme porteurs de sens, structurés par des dynamiques sociales, culturelles, historiques et même technologiques.
Sa présentation a également souligné la nécessité de développer une science africaine du geste qui est un champ de recherche structuré, rigoureux, ouvert à l’innovation méthodologique et porté par les chercheurs africains eux-mêmes. Il s’agit, selon lui : « non seulement de documenter les répertoires gestuels du continent, mais aussi d’interroger les contextes de leur usage, les rapports de pouvoir qui les traversent, et les enjeux contemporains liés à leur représentation, notamment dans les médias et les technologies numériques ». Pour terminer, le conférencier a plaidé pour la création d’un véritable écosystème de la recherche sur les gestes en Afrique : sociétés savantes, revues spécialisées, formations, colloques… autant d’espaces de légitimation nécessaires pour faire émerger ce champ au niveau continental et international.

Ce colloque international sur la communication non verbale, organisé par le CEROCE et l’équipe 2EA de l’Université de Lomé, met brillamment en lumière la richesse et la diversité des langages silencieux en Afrique. À travers les échanges pluridisciplinaires et les réflexions approfondies des experts, cet événement souligne l’importance des gestes, des symboles et du silence comme vecteurs essentiels de sens et de culture. Fort de ces contributions, l’Université de Lomé réaffirme son engagement en faveur de la recherche innovante et de la promotion des savoirs endogènes, posant ainsi les bases d’un dialogue interculturel renouvelé.


