Le 12 juin 2026, la 9e Journée d’étude internationale de la Chaire UNESCO « Défis partagés du développement : savoir, comprendre, agir » s’est tenue dans la salle de conférence du WASCAL, à l’Université de Lomé. Inscrite dans un programme scientifique organisé du 9 au 12 juin 2026, elle a réuni des chercheurs venus de onze pays, des enseignants-chercheurs, des doctorants, des responsables institutionnels et des partenaires autour des enjeux que représentent les technologies numériques et l’intelligence artificielle pour les sociétés africaines. Consacrée au thème « L’Afrique à l’ère des outils numériques et de l’intelligence artificielle : nouveaux visages et défis du développement, des savoirs et des sociétés », cette rencontre a placé au cœur des échanges la souveraineté numérique, l’innovation responsable, la production de connaissances, l’intégrité scientifique et la coopération académique internationale au service du développement durable du continent.
Un rendez-vous scientifique international de haut niveau
La Chaire UNESCO « Défis partagés du développement : savoir, comprendre, agir » constitue un réseau scientifique international réunissant dix institutions académiques partenaires d’Afrique, d’Amérique et d’Europe. Elle a pour vocation de promouvoir la recherche pluridisciplinaire francophone sur les Objectifs de développement durable et les études du développement, en favorisant la mobilité académique Nord-Sud et Sud-Sud, l’accompagnement des jeunes chercheures et chercheurs, ainsi que la mise en dialogue des résultats de la recherche avec les politiques publiques.
Événement international annuel, les Journées d’étude organisées par la Chaire sont désormais un rendez-vous reconnu de la coopération scientifique francophone. L’édition 2026, neuvième du genre, a porté sur une question centrale pour l’avenir du continent : la place des outils numériques et de l’intelligence artificielle dans la transformation des savoirs, des économies, des politiques publiques et des sociétés africaines. Elle a également rappelé que l’Afrique ne peut être réduite à un simple espace d’adoption technologique : elle doit participer à la conception, au contrôle, à la régulation et à l’adaptation des outils numériques à ses réalités sociales, linguistiques, territoriales et institutionnelles.
Organisée par la Faculté des Sciences de l’Homme et de la Société (FSHS) et la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FASEG) de l’Université de Lomé, en partenariat avec l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, cette journée a bénéficié d’une forte mobilisation académique locale. Le Laboratoire de psychologie appliquée ainsi que le Laboratoire de recherche sur la dynamique des milieux et des sociétés (LARDYMES) de l’Université de Lomé, ont participé activement à la préparation, à l’animation scientifique et au succès de l’événement.
La rencontre a également associé des partenaires institutionnels de premier plan, parmi lesquels l’Agence française de développement (AFD), l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. Les échanges ont mis en lumière les défis posés par les nouvelles technologies pour les politiques publiques, mais aussi le rôle décisif des sciences humaines et sociales dans l’analyse critique des transformations numériques. Ils ont enfin souligné l’importance d’une coopération scientifique équilibrée, fondée sur la coproduction des savoirs et la valorisation des expertises africaines.
Une démarche originale axée sur la formation des jeunes chercheurs
La journée internationale a été précédée, les 10 et 11 juin 2026, de deux journées d’ateliers doctoraux. Ces ateliers ont permis à de jeunes chercheurs issus de onze pays africains de renforcer leurs compétences méthodologiques, de valoriser leurs travaux et de développer des réseaux scientifiques internationaux.
Le programme de formation a proposé plusieurs ateliers consacrés à des compétences transversales essentielles à la recherche. L’atelier « Ma thèse en 3 minutes » a préparé les doctorantes et doctorants à présenter leurs travaux de manière claire, concise et accessible à un public non spécialiste, avec une finale organisée lors de la Journée d’étude du 12 juin et la remise de trois prix. L’atelier SIG a permis aux participants de produire une carte à partir de données de santé, en mobilisant le logiciel libre QGIS. L’atelier d’écriture scientifique a présenté les attendus des revues, les principaux formats d’articles et les étapes du cycle de soumission. L’atelier consacré au genre et à l’intersectionnalité a montré comment intégrer ces dimensions dans la conduite d’un projet de recherche, en combinant apports théoriques et travaux réflexifs en petits groupes. L’atelier NotebookLM a introduit un outil d’intelligence artificielle permettant d’analyser des documents fournis par l’utilisateur, sans recherche web. Enfin, l’atelier sur les données quantitatives a abordé les principales sources disponibles, les méthodes de croisement des données et les outils d’analyse spatiale, avec un focus sur les enquêtes DHS.
À travers cette initiative, l’UNESCO, l’Université de Lomé, l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et les institutions académiques partenaires contribuent à l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs capables de produire des connaissances rigoureuses, fondées sur des données probantes et utiles à la compréhension des défis contemporains du développement. Les ateliers et les échanges ont rappelé un principe essentiel : l’intelligence artificielle peut assister la recherche, en aidant à structurer, reformuler, organiser ou explorer une littérature, mais elle ne saurait remplacer la problématisation scientifique, l’enquête de terrain, la production de données primaires ni l’autonomie intellectuelle du chercheur.
L’Afrique face aux défis technologiques : le numérique comme vecteur de développement
Les discussions menées lors de la Journée d’étude ont confirmé l’importance stratégique du thème retenu. Dans son intervention, le président du comité d’organisation et doyen de la FSHS, le Professeur Edinam Kola, a souligné que l’intelligence artificielle participe à l’émergence d’une nouvelle « civilisation algorithmique », dans laquelle les données et les algorithmes deviennent des ressources stratégiques. La table ronde et la conférence plénière ont prolongé cette réflexion en rappelant l’un des principaux défis auxquels l’Afrique est confrontée : développer ses propres capacités technologiques afin de préserver la souveraineté de ses données, de ses infrastructures, de ses modèles et de ses usages, tout en réduisant les dépendances à l’égard de solutions conçues ailleurs.
Les échanges ont également insisté sur la nécessité d’une innovation responsable. Titulaire de la Chaire UNESCO, la Professeure Gaëlle Gillot, de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a rappelé l’importance d’une approche critique de l’intelligence artificielle, notamment face aux biais algorithmiques, aux enjeux éthiques et aux impacts environnementaux des technologies numériques. Les participants ont ainsi appelé à une vigilance accrue face aux hallucinations, aux références inventées, à la reproduction des stéréotypes et aux nouvelles formes de délégation non déclarée du raisonnement scientifique à la machine.
Les communications ont souligné le rôle central des universités dans la production de connaissances capables d’éclairer la décision publique et de garantir un usage inclusif, durable et socialement maîtrisé des outils numériques. Agriculture, santé, éducation, gouvernance publique, production statistique ou gestion territoriale : autant de domaines dans lesquels l’intelligence artificielle et les technologies numériques peuvent contribuer à améliorer les systèmes existants et à accélérer la transformation structurelle des économies africaines. Cette contribution suppose toutefois des règles claires d’intégrité scientifique, une évaluation universitaire repensée, une vérification systématique des sources et des résultats, ainsi qu’un usage sobre et contextualisé des outils numériques.
Une 9e édition pleinement réussie
En accueillant pour la deuxième fois une Journée d’étude internationale de la Chaire UNESCO, après l’édition de 2022, l’Université de Lomé réaffirme son rôle de pôle d’excellence scientifique et de laboratoire d’idées au service du progrès. Cet événement témoigne du rayonnement croissant de l’Université de Lomé, sous le leadership académique de son président, le Professeur Kossivi Hounake, et de sa vision stratégique d’une recherche académique ouverte, partenariale et orientée vers la professionnalisation, suivant les orientations du gouvernement togolais.
Dans un contexte où l’intelligence artificielle transforme en profondeur les modes de production des savoirs, les économies et les sociétés, cette Journée d’étude internationale apporte une contribution concrète à la construction d’un avenir numérique africain pensé par et pour les acteurs du continent. Elle illustre l’engagement de l’Université de Lomé, de ses facultés, de ses laboratoires et de ses partenaires en faveur de l’excellence scientifique, de l’innovation et du développement durable. Elle démontre également la capacité de l’institution à fédérer les expertises, à stimuler la réflexion critique et à produire des analyses utiles à l’accompagnement des politiques publiques et des transformations socio-économiques de l’Afrique. Les recommandations formulées à Lomé appellent ainsi à faire de l’intelligence artificielle un outil au service de l’humain, de la responsabilité scientifique et de politiques publiques contextualisées, plutôt qu’un substitut à la pensée, à la créativité ou à l’expérience du terrain.








