L’Université de Lomé a organisé, les lundi 26 et mardi 27 janvier 2026, une cérémonie de reconnaissance et d’hommage, suivie d’un atelier scientifique, en l’honneur de monsieur Ayaovi Zokpé Zokè d’Almeida, figure emblématique des mathématiques togolaises et penseur audacieux des relations entre savoirs traditionnels africains et sciences modernes. Placée sous le thème « Spiritualité, Mathématiques et Sciences (SMS) », cette rencontre a réuni la communauté universitaire autour de l’héritage intellectuel et scientifique de l’illustre disparu.
La cérémonie d’ouverture, présidée par le président de l’Université de Lomé, le professeur Kossivi Hounaké, s’est déroulée en présence du 1ᵉʳ vice-président, le professeur Komlan Batawila, du doyen de la Faculté des sciences, du chef du département des mathématiques, des directeurs des services centraux, de nombreux enseignants-chercheurs, ainsi que des membres de la famille de M. Zokpé Zokè d’Almeida.

Dans son discours, le président de l’Université de Lomé a souligné la portée scientifique et symbolique de l’événement. A ce sujet, il a déclaré : « Rendre hommage aujourd’hui à Ayaovi d’Almeida, à Zokpé Zokè d’Almeida, c’est célébrer un universitaire togolais dont les intuitions savantes et les pistes de recherche sur le Fa, de son vivant pratiquement inconnues, annonçaient déjà les perspectives d’une réappropriation scientifique, universitaire et académique de nos traditions et cultures. » Il a ajouté que l’Université de Lomé est fière de cette initiative, « non seulement parce qu’elle rend hommage à un précurseur, mais surtout parce qu’elle inaugure une nouvelle ère pour la recherche scientifique togolaise », avant d’inviter les universitaires africains à adopter une posture rigoureuse et critique face aux savoirs endogènes, afin d’éclairer les décisions publiques et les politiques de développement.
Prenant la parole au nom de la famille, Alice D’Almeida, fille du chercheur, a livré un témoignage empreint d’émotion. Elle a rappelé que son père, affectueusement surnommé Z.Z., était animé par une passion profonde pour les mathématiques, qu’il considérait comme un langage vivant. « Pour lui, la logique mathématique était un moyen de comprendre le monde et de l’expliquer avec clarté et élégance. Il avait ce don rare de rendre simple ce qui semblait complexe », a-t-elle confié. Évoquant son héritage intellectuel, elle a souligné que M. Zokpé Zokè d’Almeida est l’auteur de la numération Zokpé Zokè et de l’ouvrage Les travaux de ZZ, et qu’il a consacré les vingt dernières années de sa vie à l’étude du Fa, « avec la rigueur d’un scientifique et la sensibilité d’un sage ».

Les travaux scientifiques ont été lancés par une communication de Me Elmancio Godson, métaphysicien africain, modérée par Dr Ekué Gada, autour du thème : « Nécessité des rites et des cérémonies pour l’équilibre intégral et le bien-être ». Dans son intervention, Me Elmancio Godson a insisté sur l’importance de l’identité et des principes premiers dans toute quête de connaissance. « On ne peut pas chercher la vérité en étant déconnecté de son identité. On ne peut pas sauter par-dessus sa mémoire identitaire », a-t-il affirmé.
Plusieurs autres communications ont enrichi l’atelier scientifique. Le professeur Akakpo Yaovi a abordé les procédures expérimentales dans les traditions africaines ; Dr Kueviakue s’est penché sur la construction d’une science endogène à partir des principes traditionnels ; Dr Ekué Gada a analysé les rapports entre ordre spirituel et ordre matériel, présentés comme une équation fondamentale pour une Afrique en renaissance. Les échanges ont également porté sur le système de numération Zokpé Zokè, avec M. Douti Lamboni ; les transformations géométriques issues du Fa, par M. Akona ; les relations entre Fa, mathématiques et santé, développées par Dr Amegah ; ainsi que le passage du Fa aux circuits logiques et électriques, proposé par M. Aba Eklu et Dr Edarh Bossou. Le professeur Akue Adotevi Mawusse Kpakpo, pour sa part, a interrogé l’universalité de la science à partir de perspectives épistémologiques et historiques issues des sciences logico-formelles.

À travers cette cérémonie-hommage et cet atelier scientifique, l’Université de Lomé réaffirme son engagement en faveur d’une recherche rigoureuse, ouverte et enracinée, capable de dialoguer avec les savoirs traditionnels africains afin de contribuer à l’avancement de la science et au développement durable du continent africain.







