Le Centre de droit public (CDP) de l’Université de Lomé a organisé le 16 avril 2026, dans la salle Professeur Ahadzi-Nonou, deux conférences d’envergure consacrées à des thématiques au cœur des enjeux contemporains : les libertés académiques et la politique étrangère des États africains au XXIᵉ siècle.
La cérémonie d’ouverture a été présidée par le président de l’institution, le professeur Kossivi Hounaké, en présence de plusieurs personnalités de premier plan, notamment les présidents honoraires Komla Dodzi Kokoroko et Adama Mawulé Kpodar, ainsi que l’ancien ministre et enseignant-chercheur, Dr Christian Trimua. Doyens, enseignants-chercheurs, praticiens du droit public, doctorants et étudiants ont également répondu massivement présents à cet important rendez-vous scientifique.

L’importance des libertés académiques pour la réflexion
Dans son allocution, le président de l’Université de Lomé a souligné que les libertés académiques constituent l’un des piliers fondamentaux de toute société aspirant à la connaissance, à l’innovation et à la démocratie. Elles garantissent aux enseignants, chercheurs et étudiants la liberté de chercher, de penser, de questionner et de transmettre le savoir sans crainte de censure ni de pressions extérieures.
Au-delà d’un principe, ces libertés traduisent une exigence : faire de l’université un espace de débat critique, où les idées s’affrontent dans le respect de la rigueur scientifique. Sans elles, a-t-il insisté, la recherche s’appauvrit, l’enseignement se rigidifie et la pensée devient conformiste. Toutefois, il a rappelé qu’elles impliquent également des responsabilités, notamment le respect de l’éthique, l’exigence de vérité et l’ouverture au pluralisme. L’enjeu réside donc dans la recherche d’un équilibre entre autonomie intellectuelle et responsabilité sociale.

Les libertés académiques, levier essentiel du progrès universitaire et sociétal
La première conférence, modérée par Dr Mazamesso Wella, maître de conférences agrégé de droit public, a été animée par le professeur Komi Kouvon, spécialiste d’éthique, de philosophie morale et politique. Son intervention a porté sur les libertés académiques envisagées sous l’angle juridique, avec un éclairage particulier sur les franchises universitaires. Dans une analyse approfondie, le professeur Kouvon a interrogé le devenir de ces libertés tout en exposant les fondements et les défis contemporains. Il a souligné qu’elles constituent un levier essentiel du progrès universitaire et sociétal, favorisant la production du savoir et la liberté de pensée, tout en nécessitant un encadrement juridique adapté.
Cependant, il a également mis en garde contre les nombreuses menaces qui pèsent sur ces libertés : pressions politiques, ingérences extérieures, militantisme, contraintes budgétaires, mais aussi autocensure et pression sociale. Autant de facteurs susceptibles d’affaiblir l’indépendance de l’université et de ses acteurs. Les échanges qui ont suivi ont permis à la communauté universitaire de mener une réflexion critique sur les principes d’universalité, d’autonomie, de neutralité et d’indépendance, tant au niveau institutionnel que dans les pratiques académiques.

Les relations internationales, un océan agité peuplé de Léviathans
La seconde conférence, consacrée à la politique étrangère des États africains au XXIᵉ siècle, a été modérée par le Dr Essé Kokou Joseph Junior Kodjo, maître de conférences agrégé de droit public, et animée par le professeur Guy Rossatanga-Rignault, spécialiste de droit public et de science politique, enseignant-chercheur à l’Université Omar Bongo de Libreville (Gabon). Adoptant une démarche méthodique, l’intervenant a d’abord distingué les concepts de relations internationales, de politique étrangère et de diplomatie, avant de présenter les principales théories structurant ce champ d’étude.
Il a ensuite analysé les facteurs déterminants des rapports de force sur la scène internationale, notamment la géographie, les ressources naturelles et le poids de l’histoire. « L’histoire crée des liens de sujétion, mais aussi des liens de relation », a-t-il souligné.

Recourant à une métaphore marquante, le professeur Guy Rossatanga-Rignault a comparé les relations internationales à un océan agité peuplé de « Léviathans ». Dans cet environnement complexe, il a estimé que les États africains doivent faire preuve de lucidité, de réalisme et d’opportunisme stratégique : « dans un océan de relations internationales dominé par des puissances, savoir s’adosser à un acteur plus fort peut constituer un levier d’avancement », a-t-il affirmé.
Au terme des discussions, une conviction s’est dégagée : la réflexion académique demeure un préalable indispensable à l’action politique. À travers ces deux conférences riches et dynamiques, universitaires et spécialistes du droit public ont démontré que la production d’idées reste au cœur des transformations politiques et sociales.

En organisant ces deux conférences d’envergure sur les libertés académiques et la politique étrangère africaine, l’Université de Lomé remplit pleinement sa mission d’institution de savoir et de débat critique. Par la qualité des intervenants – professeurs Komi Kouvon et Guy Rossatanga-Rignault – et la richesse des échanges, elle démontre qu’elle est un acteur incontournable de la réflexion juridique et politique sur le continent. Ces rencontres scientifiques, placées sous le signe de la rigueur et de la liberté académiques, augurent d’une belle dynamique pour le Centre de droit public, que l’Université de Lomé entend bien pérenniser au service de la cité et du rayonnement de la pensée africaine.









