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UL/Littérature : Conférence débat sur Cahier nomade d’Abdourahman Waberi 

UL/Littérature : Conférence débat sur Cahier nomade d’Abdourahman Waberi 

« L’écriture des traversées dans Cahier nomade d’Abdourahman Waberi » est le thème de la conférence débat, animée par le Professeur Didier Amela, enseignant- chercheur à la Faculté des Lettres, Langues et Arts (FLAA) de l’Université de Lomé, ce 08 juin 2022, à American Corner de la bibliothèque universitaire de Lomé. Cette manifestation littéraire s’inscrit dans le cadre des activités programmées par la Fédération des Universitaires d’Afrique (FUA), Section Togo. Nous vous proposons la synthèse de la communication du professeur Améla.

« Les questions liées à l’exil, à la migration, au métissage et à l’hybridité, ont connu une grande prospérité dans les études des littératures d’après les indépendances. Mais, avec le temps, elles se sont avérées plutôt réductrices, tant elles ne permettaient pas de dépasser le binarisme, induisant la mise en scène du tragique existentiel qui habite ces œuvres littéraires.

L’urgence aujourd’hui serait plutôt de décrire et de lire, interpréter des postures scripturaires d’écrivains porteurs et diseurs d’une nouvelle épistémè (conscience collective) engendrée par une conscience aigüe de liberté affirmée et intériorisée. Dans cet ordre d’idées, un nombre illimité de motifs, à savoir, nomadisme, trace, quête, errance, invitation au voyage, traversée s’ouvrent à des acceptions plus nuancées dont il faudra préciser le sens. Pour le philosophe Deleuze, « l’histoire a besoin de points de repères, de lieux pour se faire raconter, pour se faire marquer. Des espaces lisses, d’errances pour se faire entendre et les trajectoires des nomades sont marquées à chaque point par des étapes et le parcours ne tend pas vers une destination. L’objectif c’est de marquer son temps de passage (sa traversée, son histoire) à chaque étape (c’est- à-dire à chaque lieu) du parcours. »

Samuel Becket, lui, dans L’esthétique de la trace insiste sur la trace qui inscrit déjà le retour dans le déplacement. Le texte beckettien en effet, est en tension perpétuelle entre ce qu'il nie (la possibilité de faire trace, de signifier, d'être un lieu de mémoire) et ce qu'il manifeste (l'absolue vitalité de la langue, la conscience de l'écriture comme inscription, la constitution du texte comme trace et comme image, qu'il s'agisse de l'espace de la page ou de celui du plateau). De la mise en scène du processus mémoriel dans les textes (narratifs ou dramatiques) à la mise en archive du processus de création dans la création littéraire.

En nous appuyant sur ces deux auteurs nous avons donc analysé l’écriture des traversées et l’inscription de la trace dans le recueil de nouvelles Cahier nomade d’Abdouhraman Wabéri où l’auteur tente de créer une “chronique nationale” de Djibouti. L’auteur exprime sa volonté d’insérer l’Histoire à ses histoires et d’agir, à travers son écriture, dans le processus de construction de cette Histoire. Et pour mieux la comprendre (cette histoire), il faut considérer quatre aspects : écriture, voyage, temps et espace, cet espace qui est décrit sur un fond très naturaliste, traduisant la nature même des réalités djiboutiennes. Wabéri, en effet, est parvenu à transformer ces réalités par des marques, des traces. Tous les récits du recueil forment une grande fresque qui prend une dimension historique et anecdotique. L’écriture apparaît ainsi comme une sorte de nomadisme, voyage dans le temps et dans l’espace où l’auteur arrive à exprimer la complexité de l’existence ».

Le conférencier Professeur Didier AMELA a été assisté par le Professeur Koutchoukalo Tchassim et M. Dodzi K. Nouvlo, Chef de Département de Lettres Modernes. Pour rappel, la Fédération des Universités d’Afrique (FUA), créée en 2018, se veut un cadre d’échanges pour promouvoir la recherche en Afrique. La section Togo de cette structure est présidée par  le Professeur Koutchoukalo Tchassim de la Faculté des Lettres, Langues et Arts (FLLA) de l’UL.