Une conférence scientifique de haut niveau a été organisée, le jeudi 31 juillet 2025, au Centre régional pour la maîtrise de l’électricité (CERME), autour du thème : « Ethnopharmacologie, phytomédicaments et nutrition : du complément alimentaire au complément alimentaire amélioré (C2A) togolais». Face à la persistance des maladies dues à une mauvaise alimentation, les chercheurs de l’Université de Lomé proposent une solution scientifique basée sur les savoirs endogènes.
Réunissant anthropologues, enseignants-chercheurs de diverses disciplines, étudiants et praticiens de la médecine traditionnelle, cette rencontre portée par le Laboratoire des sciences biomédicales, alimentaires et de santé environnementale (LaSBASE) et le Laboratoire de botanique et écologie végétale (LBEV), a permis d’explorer les possibilités d’un modèle togolais rigoureux, endogène et scientifiquement fondé de développement des compléments alimentaires.

Dans son intervention d’ouverture, le Dr Mazabalo Baneto, directeur adjoint du CERME, a exprimé son espoir de voir la conférence servir de tremplin vers de nouvelles perspectives pour la médecine endogène togolaise : « je souhaite de très bons échanges pour que cette conférence soit une ouverture pour le bien de la population togolaise », a-t-il déclaré.
Le professeur Tchadjobo Tchacondo, directeur du laboratoire LaSBASE, a quant à lui, précisé : « Aujourd’hui, les compléments alimentaires sont des éléments très importants. Dans un pays où l’hypertension et le diabète sont en recrudescence, il est temps de nous appuyer sur nos ressources locales ».
Dans un exposé structuré, Dr Koffi Koudouvo a détaillé les fondements de l’ethnopharmacologie, discipline transversale qui mobilise à la fois sciences naturelles, sciences humaines et pratiques traditionnelles. Il a insisté sur le concept togolais émergent de complément alimentaire amélioré (C2A) en disant qu’: « Il ne s’agit plus seulement de nous alimenter, mais de mieux nous alimenter pour mieux vivre». « Nous proposons d’utiliser le terme Alicament (aliment médicamenteux) pour mieux désigner ces produits issus de nos ressources naturelles, formulés et utilisés à des fins thérapeutiques », a-t-il ajouté.

Un des avis marquants à la fin de la conférence a été celui de Dr Mahamondou N’Djambara, chef du département d’anthropologie de l’Université de Lomé. Il a ouvert une perspective fondamentale sur l’appropriation culturelle des innovations en santé en affirmant que : « l’idée, c’est de voir comment, en tant qu’Africains ou Togolais, nous pouvons nous approprier cette innovation en termes de médecine qu’on ne voudrait plus qualifier de traditionnelle ». L’anthropologue a attiré l’attention du public présent sur la dimension symbolique et spirituelle des plantes médicinales. « Pour beaucoup de consommateurs et de praticiens, une herbe n’est pas simplement une herbe ; elle peut être une autre entité. D’où l’importance de réintégrer la dimension topologique dans nos futures réflexions », a-t-il signifié. Il a conclu en appelant à un renouvellement profond du regard scientifique. « Nous ne regrettons pas d’avoir participé à cette conférence, qui pose les bases d’une véritable prise en compte de toutes les dimensions – physiques, culturelles, symboliques – de la médecine africaine ».

La conférence s’est terminée par une dégustation de compléments alimentaires préparés localement, moment apprécié par les participants. Le professeur Madjouma Kanda de la Faculté des sciences a notamment partagé son enthousiasme en disant : « Il y a des fruits qui poussent chez moi que je connaissais bien, mais je ne savais pas qu’on pouvait les transformer en compléments alimentaires. J’ai appris à les valoriser, et je vais essayer chez moi ».
En clôturant les échanges, le professeur Komlan Batawila, 1er vice-président de l’Université de Lomé et modérateur des échanges, a souligné le caractère stratégique de cette démarche : «Nous devons faire le pari d’un modèle togolais d’innovation thérapeutique rigoureux, efficace, et respectueux de notre patrimoine », a-t-il déclaré.
Cette conférence a permis d’initier une dynamique collective en faveur d’une reconnaissance scientifique et institutionnelle des savoirs endogènes, dans une logique de santé publique durable.





