L’auditorium de l’Université de Lomé a prêté son cadre, le 9 avril 2026, à une conférence scientifique d’envergure consacrée à la place de la médecine traditionnelle dans le système de santé togolais. Organisée dans le cadre du colloque international « Genre et développement : mythe ou réalité ? », cette rencontre de haut niveau a réuni un public diversifié composé d’enseignants-chercheurs, de professionnels de la santé, d’étudiants et de responsables universitaires.
Animée par le Dr Koffi Koudouvo, la conférence s’est tenue sous la modération du professeur Komlan Batawila, 1er vice-président de l’Université de Lomé (UL), avec l’appui de Madame Caroline Akatcha. Le rapport général a été assuré par le Dr Efoué Holaly Gbekley et le Dr Kodjo Adi, en présence de plusieurs personnalités académiques, dont la professeure Akossiwoa Madjé Essi Quashie, secrétaire générale de l’Université de Lomé.

Une communication au cœur des dynamiques sanitaires et culturelles
Véritable temps fort du colloque international « Genre et développement : mythe ou réalité ? », la communication du docteur Koudouvo a porté sur le thème « Médecine traditionnelle, genre et développement dans le système de santé du Togo ». Elle a permis de mettre en lumière les fondements et les dynamiques de la médecine traditionnelle au Togo. Le conférencier a notamment souligné la coexistence de deux systèmes de santé complémentaires : la médecine conventionnelle et la médecine traditionnelle, cette dernière restant largement sollicitée par les populations en raison de son accessibilité et de son ancrage socioculturel.
S’appuyant sur le cadre juridique national, le Dr Koudouvo a rappelé que la législation togolaise reconnaît plusieurs catégories de praticiens, notamment les phytothérapeutes, les herboristes, les tradithérapeutes, les accoucheuses traditionnelles et les praticiens des savoirs rituels. Une diversité qui reflète la richesse des savoirs endogènes, tout en posant des défis en matière de structuration et de reconnaissance institutionnelle.

Le rôle déterminant des femmes dans la médecine traditionnelle
L’un des points saillants de la conférence a été la mise en évidence du rôle déterminant des femmes dans la transmission et la pratique de la médecine traditionnelle, en particulier dans le domaine de la phytothérapie. À travers des exemples concrets, le conférencier a illustré comment des femmes, souvent formées de manière informelle, deviennent de véritables références dans leur domaine.
Parmi ces illustrations, le parcours d’une herboriste devenue ethnosystématicienne végétale a retenu l’attention, démontrant la richesse des savoirs transmis de génération en génération et leur potentiel scientifique. De même, l’exemple d’une jeune étudiante, devenue tradithérapeute et entrepreneure, a mis en lumière les opportunités économiques liées à la valorisation des phytomédicaments, entre héritage familial et innovation.

Des défis persistants à relever
Cependant, malgré ces avancées, plusieurs défis persistent. Le faible niveau de scolarisation, l’absence de protection sociale et les difficultés d’accès aux circuits formels de financement et de reconnaissance constituent autant d’obstacles pour les praticiens, en particulier les femmes.
Face à ces enjeux, le Dr Koffi Koudouvo, maître de conférences, ethnobotaniste-ethnopharmacologue et expert de la pharmacopée de l’Afrique de l’Ouest, a plaidé pour une meilleure valorisation des résultats de la recherche en médecine traditionnelle, appelant à un passage effectif de la production scientifique à son application concrète au service du développement. Il a également souligné le déficit d’investissements publics dans ce secteur, pourtant recommandé par les instances internationales de santé.

Une conférence ouverte sur l’avenir
Les discussions qui ont suivi ont permis d’approfondir ces réflexions, témoignant de l’intérêt croissant de la communauté scientifique pour ces thématiques. Par la pertinence de ses analyses et la richesse de ses exemples, cette conférence a ouvert de nouvelles perspectives pour l’intégration de la médecine traditionnelle dans les politiques de santé publique. Elle a surtout mis en exergue la nécessité d’une approche inclusive du développement, fondée sur la valorisation des savoirs locaux et le rôle central des femmes.
Une avancée pour la recherche africaine
À travers cette conférence scientifique d’envergure, l’Université de Lomé réaffirme son engagement en faveur d’une recherche ancrée dans les réalités africaines. En explorant les liens entre médecine traditionnelle, genre et développement, les échanges ont permis de poser des jalons concrets pour une meilleure intégration des savoirs endogènes dans le système de santé national. Le rôle déterminant des femmes dans ce secteur a été mis en lumière, ouvrant des perspectives nouvelles pour la reconnaissance et la valorisation de leurs compétences. L’Université de Lomé se positionne ainsi comme un acteur clé de la promotion d’une santé inclusive, respectueuse des cultures et tournée vers l’innovation.


