Le Laboratoire d’Analyse des Mutations Politico-Juridiques, Économiques et Sociales (LAMPES) de l’Université de Lomé a ouvert sa rentrée scientifique 2026 par une conférence organisée, le vendredi 23 janvier, au centre WASCAL de l’Université de Lomé. Placée sous le thème « L’Afrique et l’intelligence artificielle : enjeux, opportunités et risques », la conférence a été animée par le Dr Kondi Napo Sonhaye, modérée par le Dr Lintimé Koffi Molley, maître de conférences en Littérature comparée. L’événement a réuni enseignants-chercheurs, étudiants et acteurs du monde académique et professionnel, tous soucieux d’analyser les enjeux de l’IA dans le contexte africain.
Le Dr Kondi Napo Sonhaye, maître de conférences (CAMES) en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Institut des Sciences de l’Information, de la Communication et des Arts (ISICA), a conduit la réflexion avec une approche à la fois historique, critique et prospective. Enseignant-chercheur membre du Laboratoire CEROCE de l’Université de Lomé et du Groupe d’Etudes et de Recherche Interdisciplinaire en Information et Communication (GERIICO) de l’Université de Lille, ses travaux portent principalement sur les questions relatives au numérique et au management de l’information. Ce double ancrage académique et de recherche, entre Lomé et Lille, lui a permis d’offrir une grille de lecture ouverte sur les enjeux globaux de l’IA.

Une relecture africaine de l’IA : du patrimoine intellectuel aux défis contemporains
Dès son propos introductif, le Dr Sonhaye a opéré un décentrement salutaire en rappelant que l’intelligence artificielle n’est pas une nouveauté exogène pour le continent. S’appuyant sur l’exemple du Fa – système de divination et de décision pratiqué depuis plus d’un millénaire en Afrique de l’Ouest –, il a montré que les principes de logique binaire, de prédiction et d’apprentissage y étaient déjà présents. « Ce que l’on nomme algorithme aujourd’hui existait déjà dans des formes de rationalité africaines. L’enjeu n’est pas de rattraper un retard, mais de reconnaître et de moderniser cet héritage », a-t-il souligné.
Il a ensuite dressé un diagnostic nuancé des atouts et des faiblesses de l’Afrique face à l’IA. Parmi les atouts : une population jeune et connectée, une diversité linguistique inégalée – plus de 2000 langues –, et un gisement de données locales encore peu exploité. Les défis restent toutefois de taille : dépendance numérique, manque d’infrastructures de calcul, faiblesse des compétences spécialisées et externalisation du traitement des données. Pour le conférencier, la priorité est de développer une souveraineté numérique par la formation, l’investissement dans les data centers locaux et la valorisation des corpus scientifiques et culturels africains.

L’IA à l’université : former plutôt qu’interdire
Une part importante de l’exposé a été consacrée à l’impact des outils d’IA générative, tels que ChatGPT, dans le milieu académique. Face aux tentations de plagiat et à la dilution de l’esprit critique, le Dr Sonhaye a défendu une approche proactive et pédagogique. « Interdire est illusoire. Il faut plutôt former les étudiants et les enseignants à un usage éthique, critique et transparent de ces outils », a-t-il plaidé. Il a évoqué l’intégration, dans ses propres enseignements, des modules sur l’éthique de l’IA et la citation des sources algorithmiques, contribuant ainsi à renouveler la culture de l’intégrité académique.
Des opportunités sous conditions
L’IA ouvre, selon lui, des perspectives notables pour l’enseignement supérieur : personnalisation des apprentissages, assistance à la recherche, inclusion linguistique et innovation pédagogique. Mais ces opportunités s’accompagnent de risques qu’il faut anticiper : biais algorithmiques, surveillance numérique, fracture technologique et affaiblissement du rôle de l’enseignant. Pour les contourner, il a appelé à une gouvernance éthique et inclusive de l’IA, impliquant chercheurs, décideurs et société civile.

Temps d’échanges : une audience réactive et concernée
Sous la conduite attentive du Dr Lintimé Koffi Molley, vice-doyen de la Faculté des Lettres Langues et Arts (FLLA), la séance de questions-réponses a été riche et animée. Les participants ont interrogé le conférencier sur des points aussi variés que : la faisabilité de modèles d’IA entraînés sur des corpus africains, les initiatives locales comme Yodi ou la Communauté togolaise d’Intelligence artificielle (CoTIA), les méthodes d’évaluation adaptées à l’ère de l’IA générative, et les politiques publiques à mettre en place pour accompagner cette transition. Le modérateur a su garantir un cadre respectueux et fécond, encourageant la pluralité des regards – philosophique, juridique, technique et pédagogique – et facilitant un dialogue interdisciplinaire rare et précieux.

Le LAMPES, un laboratoire au service des défis sociétaux de demain
En refermant cette conférence, le Dr Sonhaye a réaffirmé que l’IA devrait être « un outil de libération, et non de dépendance » pour l’Afrique. Il a appelé l’Université de Lomé à jouer un rôle de chef de file dans la formation de talents responsables, la recherche contextualisée et le plaidoyer pour des politiques numériques souveraines.
À travers cette manifestation, le LAMPES a une nouvelle fois démontré sa capacité à organiser des espaces de débat éclairé, à croiser les disciplines et à mobiliser l’expertise interne au service d’enjeux sociétaux majeurs. L’Université de Lomé confirme ainsi sa vocation de creuset de la pensée critique et de l’innovation responsable, préparant non seulement ses étudiants aux métiers de demain, mais aussi contribuant à forger une vision africaine, inclusive et éthique, de la révolution numérique en cours.






