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UL/Conférence d’actualité : le retour en Afrique du patrimoine spolié, au cœur du débat 

UL/Conférence d’actualité : le retour en Afrique du patrimoine spolié, au cœur du débat !

Le 22 mars 2022, l’Université de Lomé, à travers la Direction de la Recherche et de l’Innovation, a organisé une conférence sur « La Question de la restitution des biens culturels du Togo en Allemagne : bilan à mi-parcours d’un projet de recherche ». Cette conférence, animée par Dr Kokou Azamede, Maître de Conférences, (futur lauréat 2022 du prix Jacob et Wilhelm Grimm), a permis aux universitaires de questionner le cas du Togo auprès de l’Allemagne, une de ses anciennes puissances colonisatrices. Pour élargir le cadre du débat sur la problématique de la restitution du patrimoine africain et les mécanismes de sa mise en œuvre, l’Université de Lomé a organisé le 02 août 2022, une nouvelle conférence sur le thème : « Le retour en Afrique du patrimoine spolié par les puissances coloniales. Un combat de plus de 50 ans ». Cette dernière conférence, présentée par le Professeur Benedicte Savoy, historienne, membre du groupe de travail créé par le président français, Emmanuel Macron, pour la restitution du patrimoine africain en Afrique, s’est déroulée sous la modération du Professeur Akodah Ayewouadan, ministre de la communication et des médias. Elle a permis de retracer le combat de longue haleine que constitue la restitution du patrimoine africain et comment elle participe de nos jours, à l’instauration d’une nouvelle éthique des relations entre
l’ex-métropole et ses anciennes colonies.    

Pour la conférencière, si au début des années 70, l’Occident s’est montré réticent face aux demandes de restitution du patrimoine africain spolié, on note depuis cinq à six ans, une inversion de la tendance. En effet, il est noté une collaboration de plus en plus accrue et une volonté manifeste à régler cette question restée longtemps taboue. Ce changement de paradigme sur la restitution des œuvres qui symbolisent la conscience collective et historique, repose sur le respect mutuel, la compréhension et la reconnaissance. La question de restitution demeure un « enjeu pour la cohabitation de nos peuples sur cette terre qui nous unit tous. Il est absolument indispensable de réparer, de solder les choses qui ont été négatives dans le passé, traumatisantes et de repartir sur une nouvelle base que nous appelons une nouvelle éthique de relation », a-t-elle précisé.

Dans son exposé, le Pr Savoy est revenu sur les travaux des historiens, archéologues et écrivains africains à l’instar de Kokou Azamede de l’Université de Lomé (Togo), Eko Eyo du Nigeria, Tirmiziou Diallo de la Guinée ou de Paulin Joachim du Bénin sur la restitution du patrimoine africain. Elle a salué le début de la concrétisation de la lutte en Afrique sub-saharienne avec la restitution récente par la France au Bénin, de vingt-six œuvres des trésors des rois d’Abomey. « Il y a surement un changement psychologique dans les opinions publiques et dans certaines institutions publiques en Europe dans ces cinq ou six ans alors que pendant cinquante ans les institutions ont résisté à la demande des Africains de récupérer leur patrimoine. ». D’autres Etats comme l’Allemagne, la Belgique ou la Grande Bretagne sont disposés à s’engager dans cette dynamique de restitution, a souligné l’universitaire.

Pour le Pr  Akodah Ayewouadan, modérateur de la conférence, le débat sur le retour du patrimoine africain spolié par le colon est plus qu’indispensable et constitue un enjeu mémoriel et politique. Il suscite des questionnements qui relèvent la complexité à la fois juridique et sociologique du processus : « Les objets restitués sont-ils authentiques ? Comment seront-ils restitués ? Quel sera l’état d’âme des Africains au retour de ce patrimoine ? Faut-il une compensation ? ». Le ministre a, en outre, rassuré les participants à la conférence, des démarches entreprises par le Togo, à l’instar d’autres pays africains, pour la restitution de son patrimoine spolié. Selon la conférencière, les oeuvres du Togo en occident, sont estimées à plus de dix mille.

 

Revenant sur l’opportunité de cette conférence, le directeur de la Recherche et de l’Innovation, le Professeur Joseph Tsigbe a rappelé comment elle s’inscrit dans un cadre déjà créé par l’Université de Lomé pour prendre une part active sur le débat de la restitution du patrimoine africain : « Nous avons estimé que le débat était tellement évolué sur la thématique pour que le Togo ne se mette en marge de la dynamique ainsi créée. C’est ce qui nous a amené à organiser une première conférence … sur la même thématique en mars dernier. A l’issue  de cette conférence, il est clairement apparu la nécessité de maintenir le cap pour faciliter les prises de décision au gouvernement. Et c’est dans cette logique que nous avons invité le Prof Savoy quand nous avons appris qu’elle était au Bénin ».

La conférence sur la restitution du patrimoine africain spolié s’est déroulée en présentiel et en ligne et a connu la participation des universitaires, des responsables des institutions publiques et privées.