L’Université de Lomé (UL) a accueilli ce lundi 15 décembre 2025, un colloque universitaire sur le thème : « L’ONU, le multilatéralisme, la paix et le développement : 80 ans après ». Organisé conjointement par l’UL et l’Équipe Pays du Système des Nations unies (SNU) au Togo, cet événement tenu à l’auditorium de l’UL a rassemblé près de 300 participants – universitaires, diplomates, diplomates, représentants des agences onusiennes, étudiants et acteurs de la société civile – pour un dialogue riche et nécessaire sur le passé, le présent et l’avenir de la coopération internationale.
Placée sous la coordination générale de la 2ᵉ vice-présidente de l’UL, professeure Kafui Kpegba, la journée s’est inscrite dans le cadre du partenariat stratégique liant les Universités Publiques du Togo (UPT) au SNU, formalisé par une déclaration d’engagements communs signée en septembre 2024. Cet accord souligne le rôle central du monde académique dans la production de savoirs et la formation de citoyens éclairés pour répondre aux défis globaux.

Une ouverture sur fond de constat lucide
Après les mots de bienvenue du Dr Kokou Azamede (MC), directeur adjoint de la DIRECOOPS, la professeure Kpegba a rappelé le contexte historique de la création de l’ONU en 1945, « née des cendres encore fumantes de la Seconde Guerre mondiale », et son idéal de paix durable. Elle a ensuite dressé un constat sans complaisance des crises contemporaines : « Sous nos yeux, les piliers de l’ordre international s’effritent », a-t-elle déclaré, citant la multiplication des conflits, l’accélération de la crise climatique et le creusement des inégalités. Face à ce paysage fracturé, « La question fondamentale qui se pose à nous n’est pas de savoir si le multilatéralisme est dépassé, mais bien comment le réinventer, le réformer, le revitaliser pour qu’il soit à la hauteur des défis du XXIᵉ siècle », a-t-elle insisté, fixant ainsi l’ambition des travaux.

Une leçon inaugurale appelant à une réforme courageuse
Mme Coumba D. Sow, coordonnatrice résidente du Système des Nations unies au Togo, a ensuite pris la parole pour une communication inaugurale remarquée. « Le contexte mondial a profondément changé après 80 ans d’existence », a-t-elle constaté, évoquant des crises interconnectées qui dépassent les frontières.

Elle a appelé à regarder le développement « de façon plus rationnelle au travers de la promotion des droits humains ». Plaidant pour une transformation profonde, elle a affirmé : « De nos jours, on ne peut pas parler des Nations unies sans parler d’une réforme profonde ». Ses recommandations ont été claires : accompagner les réformes vertes, devenir « un puissant moteur de croissance productive », réduire la pauvreté, renforcer la cohésion sociale et impliquer systématiquement femmes et jeunes.

Panel 1 : Un bilan critique entre héritage et impuissance
Animé par le professeur Edinam Kola, doyen de la Faculté des sciences de l’homme et de la société (FSHS), le premier panel a offert une analyse approfondie et nuancée de l’ONU. Le Dr Amewu Yawo Agbeko, maître de conférences en philosophie, a rappelé que l’ONU est « une institution de prévention du chaos », née des traumatismes de la guerre, mais aussi « une création institutionnelle des rapports de force des vainqueurs ».
Le professeur Lolowou Folly Hetcheli, sociologue politique, a souligné le paradoxe onusien : « indispensable, mais impuissante ». Les discussions, auxquelles a participé le Dr Essowè Kpala, juriste, ont convergé vers une nécessité : la refondation. Leurs recommandations ont notamment porté sur l’instauration d’une justice réparatrice, la rationalisation des processus décisionnels et, surtout, « l’intégration des pays africains au Conseil de sécurité » pour un multilatéralisme plus inclusif et démocratique.

Panel 2 : Les réalisations concrètes, preuves de l’impact sur le terrain
Le second panel, modéré par M. Serge Yapo, chef d’équipe du Bureau du Coordonnateur Résident (BCR), a mis en lumière les réalisations tangibles des Nations unies sur le terrain. Il a particulièrement donné la parole aux acteurs opérationnels du SNU. Le Dr Moïse Ballo, représentant résident du Programme alimentaire mondial (PAM), a détaillé les actions humanitaires et de résilience de la « plus grande agence humanitaire au monde ». « Au Togo, le PAM a participé à la restauration des sols, au désenclavement… 23 000 personnes ont été touchées en 2024 », a-t-il illustré, évoquant aussi les cantines scolaires et le soutien à des milliers de producteurs.
Le Dr Maxime Adjanohoun, chef du Bureau de l’Unesco au Togo, a exposé les efforts en éducation et protection du patrimoine, saluant récemment l’inscription de la fête traditionnelle Ekpesosso au patrimoine immatériel. Le Dr Ouédraogo Hilaire, représentant de l’OMS, a, quant à lui, rappelé l’engagement pour « amener tous les peuples du monde à un niveau de couverture sanitaire élevé ». Ces interventions ont montré la capacité opérationnelle du système onusien à impacter positivement les vies.

Panel 3 : l’avenir se construit avec la jeunesse et les universités
Tourné vers l’avenir, le dernier panel a exploré le rôle des universités et de la jeunesse. Modéré par le Dr Candide Achille Kouawo, maître de conférences en sciences de l’éducation, il a vu l’étudiant Assiwonou Ingrid Kenou porter la voix de la jeunesse, insistant sur le rôle des jeunes pour « pousser les dirigeants à prendre des initiatives louables », notamment sur les questions environnementales.
Le Dr Essé Kokou Joseph Junior Kodjo, juriste maître de conférences agrégé, et M. Spéro Mahoulé, président d’honneur du Collectif des associations contre l’impunité au Togo (Cacit), ont souligné le rôle crucial des universités et de la société civile dans la formation, la critique constructive et la surveillance des engagements internationaux pour construire un multilatéralisme renouvelé et pertinent.

Une synthèse pour guider l’action future
La synthèse et les recommandations, présentées par le professeur Koffi Kpotchou, rapporteur général, ont mis en exergue les principaux axes de réflexion émergeant des débats : la nécessité impérieuse d’une réforme démocratique des institutions multilatérales, l’importance de capitaliser sur les succès opérationnels de l’ONU, et le rôle stratégique des universités comme incubateurs de solutions et espaces de dialogue intergénérationnel.
En clôturant ce colloque, l’Université de Lomé et le Système des Nations unies ont envoyé un signal fort : le dialogue intellectuel critique est le premier pas vers l’action transformatrice. Les recommandations issues de cette journée nourriront directement le partenariat stratégique UL-SNU et offriront des contributions précieuses au débat global sur la réforme de la gouvernance mondiale. L’Université de Lomé réaffirme ainsi, avec force, sa vocation à être bien plus qu’un lieu d’enseignement : un laboratoire d’idées et un partenaire essentiel pour construire l’avenir.




